Les lois d’exclusion des agents ont marqué l’histoire des PTT, de par leur dureté, et ont occasionné de nombreuses transformations au sein de l’administration pendant le second conflit mondial. La fin de l’existence du gouvernement de Vichy en 1944 et la reprise en main du pays par des vois plus républicaine occasionnent un processus de réparation résultant de l’annulation des lois promulguées sous Vichy. Un long processus intervient, s’étendant jusque 1957, soit plus de 15 ans après l’éviction de certains agents de la fonction publique et 12 ans après la fin du conflit mondial. Ce processus passe essentiellement par deux textes normatifs : le décret du 29 novembre 1944 et la loi du 7 février 1953 tendant à réparer les préjudices de carrière subis par les agents frappés par des lois d’exception. Des commissions sont alors mises en place par l’Administration des PTT pour évaluer le bien-fondé de ces demandes et s’assurer qu’elles rentrent dans leur compétence. De nombreuses demandes sont formulées, et un arbitrage délicat entre des demandes estimées comme fondées réellement en lien avec les lois d’exclusion et demandes non fondées a été fait. Également, certains cas peuvent sembler injustes dans les demandes de réparation effectues dont la plupart ont été rejetées.
Néanmoins, la plupart tombent sous le coup de lois républicaines qui existaient avant le régime de Vichy : la décision de la commission peut sembler injuste aux vues des services rendus à la Nation mais c’était néanmoins la loi. Par ailleurs, l’administration a tout de même le plus souvent opté, dans le cadre ou les agents étaient écartés pour des raisons professionnelles pour une application de la loi la moins pénible et leur conférant les meilleurs avantages de pension de retraite (application de la loi du 11 octobre 1940 au lieu de la loi du 17 juillet 1940 pour bénéficier de 4 ans d’ancienneté dans sa pension de retraite). L’analyse de ces dossiers permet par ailleurs de mettre en lumière les mécanismes à l’œuvre sur le droit du travail dans l’administration dans un cadre politique très complexe. Des éléments en lien avec une certaine histoire sociale de travail viennent aussi alimenter cette réflexion : gestion des conflits, subjectivité de la hiérarchie et des agents, productivité et performance au travail. En effet, la plupart des dossiers soulèvent de nombreuses questions : les agents étaient-ils réellement inaptes au travail ? Les commentaires péjoratifs présents dans leurs dossiers en 1940 sont-ils à proprement parler exacts ou proviennent-ils d’un jugement subjectif de la part de leur hiérarchie pour les exclure de leur fonction ? En outre, nous pouvons mettre en parallèle la réflexion menée dans ce mémoire avec un phénomène inverse qui a eu lieu au même moment : l’épuration administrative. En effet, la dynamique de réintégration des agents fait face au même moment à une logique d’épuration des administrations d’agents ayant volontairement ou non collaboré avec le régime de Vichy. Ces phénomènes parallèles peuvent être intéressante à creuser, notamment si un lien entre agents exclus par le biais de loi d’exclusion l’a été par la cause d’agents épurés au même moment qu’ils sont réintégrés.
