Cette étude du développement des infrastructures postales en Dordogne s’inscrit logiquement dans une, plus globale, à propos des réseaux. Au XIXe siècle, la Poste est en effet un moyen de communication important, qui se structure de plus en plus sur l’ensemble du territoire. En milieu rural, elle prend encore davantage de poids pour trois raisons. De par la dispersion de l’habitat tout d’abord ; la Dordogne est en effet un département très vaste, beaucoup de communes s’étendent sur de larges superficies. De par l’éloignement des populations ensuite ; beaucoup de personnes se trouvent isolées dans de petits fermes ou hameaux, source d’enclavement. Enfin, de par la faiblesse ou l’inexistence d’autres moyens de communication pouvant la concurrencer.
Au début du XIXe siècle, le réseau postal est très distendu en Dordogne. Quelques piétons ruraux, qui n’appartiennent pas à la Poste mais à l’organisation préfectorale, sillonnent les campagnes au service des notables politiques, mais il n’y a pas de véritable distribution du courrier à grande échelle comme d’ailleurs partout en France à l’époque. Les bureaux de poste sont peu nombreux et très distants (seulement 24 unités en 1830 en Dordogne). Enfin, l’acheminement par les malles-poste est très lent, voire aléatoire, car la Dordogne est en effet évitée par les grandes routes de poste. La date de 1830 est essentielle dans l’histoire de la Poste en milieu rural. Elle marque la mise en place de la loi Sapey de juin 1829. Celle-ci instaure l’installation de boîtes aux lettres dans toutes les communes de France à raison d’une par chef-lieu, et la desserte des communes, tous les deux jours d’abord, et la multiplication de bureaux de distribution pour rééquilibrer le réseau. Cette loi est vite complétée par celle de 1832 qui décide la distribution journalière du courrier. La date de 1900, qui clôt l’étude, marque une sorte d’achèvement dans l’installation de ces infrastructures. A cette date, il semble que la plus grande partie du réseau soit déjà en place.
Dans un second temps, le développement du réseau en lui-même a été abordé. Quantitatif, par l’évolution du nombre de bureaux et de boîtes aux lettres, principalement par les statistiques fournies dans l’Annuaire des Postes. Qualitatif, par l’amélioration de l’acheminement et de la distribution du courrier. Enfin, l’étude du personnel des Postes de la Dordogne a été scindée en trois points ; le personnel en tant que groupe social, par ses origines et ses spécificités ; l’étude de leur profession par les salaires et la forte tutelle exercée par l’administration ; enfin, la place des postiers dans l’espace social.
Plusieurs conclusions ont pu être tirées. D’abord, l’évolution du maillage en bureaux et boîtes aux lettres est importante. On peut se référer aux quatre cartes fournies dans les annexes du mémoire. Leur nombre passe de 24 en 1830 à 125 en 1900. Cette évolution n’est néanmoins pas régulière et suit plusieurs éléments, comme l’importance du budget alloué aux Postes tout d’abord. Il est en général étroit et ne permet en Dordogne que peu ou pas de création chaque année. Le deuxième élément qui influe sur cette régularité est la prise de conscience subite et momentanée de la faiblesse du réseau en milieu rural. C’est le cas en 1830 avant tout, mais aussi par des blocages de budget spectaculaires comme dans les années 1870. Enfin, elle suit aussi les innovations en matière d’établissements postaux. C’est le cas lors de la fin de siècle avec l’apparition des facteurs-receveurs et leur extension importante en Dordogne.
En ce qui concerne la qualité du service, l’évolution est aussi majeure. Les temps de distributions s’améliorent lentement au cours de la période pour que la distribution devienne enfin quotidienne en 1863. L’acheminement est largement accéléré en amont principalement par le progrès technique, sous l’impulsion des bureaux ambulants et des boîtes mobiles. La Dordogne était, il est vrai, auparavant très mal desservie par la Poste aux chevaux. Il faut également souligner le grand rôle tenu par les compagnies de dépêches privées dans la meilleure desserte du territoire. Enfin, concourant à cette amélioration générale, la réforme tarifaire instaurant la péréquation permet de rationaliser les échanges épistolaires partout en France.
Concernant le personnel, trois archétypes de recrutement peuvent être définis. Pour les facteurs, ce sont des hommes de moins de 30 ans et le plus souvent des anciens militaires, issus du département. Il est à noter que cet archétype est très constant sur la période, malgré quelques changements dans les modes de recrutement. Pour les directeurs, puis receveurs, l’archétype évolue. La profession au fil de la période se féminise de plus en plus. Sous la troisième République, ce sont dans la majorité des cas des femmes, pour la plupart issues des petites élites du département. Leur travail est mal payé et très dur, ce qui est particulièrement vrai pour les facteurs ruraux, ce qui reste une constante sur un plan national. En même temps, la pression exercée par leur hiérarchie est importante et la surveillance étroite. La raison est simple : ils ont en Dordogne une très grande importance au niveau local : le facteur en tant que lien avec l’extérieur pour beaucoup de hameaux isolés : les directeurs en tant que petites élites, qui ont un poids politique non négligeable dans les communes.
Pour réellement mettre en perspective cette étude sur le département de la Dordogne, il faudrait la comparer avec d’autres, notamment celles sur des départements limitrophes comme la Corrèze qui partage beaucoup de caractéristiques, ou la Charente. Au XIXe siècle, la Poste était un moyen de communication primordial, mais très dépendant d’autres éléments, tels les communication par route et chemin de fer. La pauvreté des réseaux de communication et l’important enclavement qui en résulte ont fait que la Dordogne n’a jamais connu un service d’une grande qualité, s’inscrivant par là même dans la grande moyenne des départements ruraux. Néanmoins, la Poste en Dordogne garde toujours une grande importance. Elle s’est tout de même affirmée comme un outil de désenclavement de premier ordre, même si elle n’a pas permis de la briser totalement. Et c’est le cas encore aujourd’hui, alors qu’elle a tendance à se retirer en partie de beaucoup d’établissements de poste au niveau local, notamment par certains services financiers.