Comité pour l'histoire de la Poste

L’évolution de la distribution postale dans le Couserans de 1840 à nos jours

Autrice

MASSAT Elisabeth

Diplôme

Maîtrise

Thématique de recherche

Pagination

Direction de recherche

Agnès FINE

Université

Université de Toulouse-Le-Mirail

Année de publication

Résumé

Ce travail a permis de mettre en valeur plusieurs points caractéristiques de la distribution postale en haute et moyenne montagne et de suivre son évolution sur plusieurs siècles. Notre étude comprend trois parties.


D’abord, une étude de cas, celle de la Poste en Couserans. Cette partie est le résultat d’un long travail sur les sources écrites, à savoir, les archives départementales de l’Ariège. Notre but initial était de faire ressortir les caractéristiques éventuelles de l’implantation du réseau de distribution postale dans le Couserans. Pour ce faire, nous avons dépouillé près de 70 dossiers de communes couserannaises ayant trait de près ou de loin à cette implantation.
Ces différentes études de cas nous ont permis de constater que l’organisation de la distribution postale en Couserans s’était faite lentement. La plupart des retards s’expliquent par des problèmes de financement ou par la situation particulière de cette région qui a amené à reconsidérer à plusieurs reprises les tournées des facteurs ruraux.
Malgré ces difficultés, dès 1900, la grande majorité des communes couserannaises est correctement desservie. Depuis 1864, en effet, date officielle de l’achèvement de l’organisation de la distribution rurale chaque jour en France en France, il n’est pas une seule commune du Couserans, aussi isolée soit-elle, qui ne reçoive même tardivement la visite du facteur. Les différences qui persistent au-delà de cette période sont basées sur la rapidité du service et l’existence ou non à l’intérieur de la commune d’un établissement postal.


Ensuite, le recours aux entretiens oraux pour relater des histoires de facteurs en Couserans. A l’aide de ces témoignages, nous avons tenté de dresser le portrait du facteur couserannais. Nous sommes consciente que les différences avec les autres facteurs ruraux sont minimes. Cependant, il apparaît que ce milieu particulièrement préservé a conservé presque intacte une image ancienne du facteur : celle d’un homme et d’une femme prêt à affronter les pires intempéries pour mener à bien sa mission. Par ailleurs, l’étude des données conservées au archives a permis de voir que jusqu’en 1945 au moins, les facteurs du Couserans étaient souvent natifs de ce même pays et que, comme de nombreux enfants de cette région, ils avaient été amenés à recherche ailleurs la stabilité de l’emploi. La particularité de cet emploi de facteur rural étant qu’il leur a permis de retourner au pays et de s’y installer définitivement, alors que de nombreux jeunes partaient pour ne plus revenir. Du fait également des conditions de travail difficiles, la féminisation de l’emploi s’est faite plus tardivement en Couserans. La motorisation des tournées dans les années 1960 a contribué à réduire cette différence. Enfin, en racontant les tournées périlleuses de nos interlocuteurs, se dévoilait le visage profondément humain de ces employés derrière le strict uniforme.


Comment le facteur du Couserans a-t-il vécu les mutations récentes de la Poste ?Dans cette partie est apparue le rôle social du facteur rural. Il était souvent amené à rendre des services bien différents de la simple distribution postale. De par son passage quotidien, il est parfois le seul contact humain des semaines durant de personnes âgées et isolées. Il lui arrive souvent de porter des médicaments ou d’exercer un rôle de surveillance relative des maisons de vacances. Ce rôle est parfaitement officieux mais bel et bien présent. Dans un second temps, nous avons cherché à recueillir les différentes opinions des postiers face aux mutations de la Poste. Il en est ressorti que ces personnes sont inquiètes pour leur avenir. Cela s’explique en partie par une mauvaise connaissance des réformes. Mais on peut demander aussi si ces craintes ne sont pas partiellement fondées, comme nous le remarquons dans la conclusion générale de notre étude.


Chaque étude locale possède ses particularités. C’est du moins ce que montre l’analyse sur l’évolution de l’organisation de la distribution postale en Couserans. Nous avons pu observer l’adaptation progressive d’une administration dans un milieu marqué par son relief, son climat et sa population. L’administration postale est peut-être sur ce point l’un des meilleurs sujets d’étude. Son réseau très dense la rend omniprésente sur l’ensemble du territoire. Elle est souvent le dernier bastion administratif dans les villages les moins importants comme dans les bourgs les plus prospères et lorsque ce n’est pas le cas, ses services survivent un temps encore par le maintien d’agences postales. De plus, cette administration est longtemps restée, en partie du fait de son rattachement aux télécommunications, le symbole vivant de la communication. En étudiant l’implantation des bureaux de poste dans la région, on a pu mesurer combien il était important pour les communes d’obtenir cette distinction. La nécessité était telle qu’il est parfois arrivé que le Conseil prenne les devants et présente à l’administration un bureau clef en main.

En plus d’être présente dans près de la moitié des villes et villages de France, la Poste est le seul service qui puisse se vanter d’être de façon quotidienne en contact avec chaque foyer. En ville, ce contact se limite à la seule boîte aux lettres, mais en montagne ou à la campagne, la situation est différente. Le prépose des Postes est un habitué des maisons qu’il dessert. Un des facteurs interrogé affirmait même qu’il faisait partie des meubles ! Ce contact si étroit amène forcément les facteurs de montagnes à rendre des services différents de celui de la simple distribution postale et de certains petits services financiers. Le rôle social du facteur en Couserans est bien réel. Il est d’ailleurs de moins en moins officieux. La Poste ne peut ignorer cet élément qui fait aussi partie de son image. De fait, on a pu observer ces dernières années dans des régions comme le Courserans des tentatives pour affirmer ce rôle social. Désormais, les municipalités doivent s’engager. Ce n’est plus une démarche naturelle de la part du facteur vers les clients de sa tournée, mais une démarche officielle de salubrité résultant d’une association entre les municipalités locales et l’administration des Postes. Ainsi, il est vrai qu’une image caractéristique du facteur rural disparaît. Mais, d’un autre côté, ces tentatives permettront peut-être de redonner à la Poste une aura qu’elle avait perdue semble-t-il depuis les années 1960. Seulement, cette nouvelle mission sociale suffira-t-elle à la maintenir dans les endroits où financièrement elle n’équilibre absolument pas ses comptes ?


La perspective de l’an 2000 et de l’ouverture à une concurrence européenne accrue (totale à partir de 2009) ne risque-t-elle pas de bouleverser définitivement un monopole déjà instable ? Le réseau lentement construit depuis la fin du XIXe siècle n’aurait dès lors plus lieu d’être.

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