Cette étude se propose d’analyser les rapports que la Poste coloniale entretenait avec les colonies de l’Afrique Occidentale Française (Sénégal, Dahomey, Haute-Volta, Mauritanie, Soudan français, Guinée française, Côte d’Ivoire) dans les années 1920. L’objectif est d’étudier ces rapports entre les populations colonisées et le trafic postal colonial. Pour ce faire, nous avons consulté les archives de la bibliothèque historique des postes et des télécommunications, celles du centre de ressources du Musée de La Poste de Paris et celles d’outre-mer. Parmi cette riche documentation, on y retrouve des rapports, des circulaires, des guides, des instructions, des correspondances, des notes honoraires, des expositions etc.
Dans cette contribution, nous nous sommes concentrés sur la genèse et le fonctionnement du trafic postal métropolitain dans les colonies de l’AOF. Nous avons aussi décrit la Poste comme un moyen de domination et d’exploitation économique. Notre réflexion se poursuive en mettant l’accent sur les moyens de transport utilisés par le trafic postal pour l’acheminent des objets de correspondance.
A la fin du XIX˚ siècle, le réseau postal commence à s’intensifier dans les colonies de l’AOF. D’abord dans les chefs-lieux, dans les villes stratégiques puis dans les campagnes. Dans les colonies, la Poste coloniale est le reflet de celle métropolitaine du point de vue iconographique et organisationnel. Etabli pour être au service de la métropole, le trafic postal contrôle la circulation de l’information dans les colonies. De ce point de vue, il est considéré comme un enjeu de pouvoir, un instrument de hiérarchisation et de distinction.
Malgré ces rapports qualifiés de domination et d’exploitation, les populations colonisées deviennent de véritables usagers de la Poste coloniale. Elles commencent à nouer des rapports d’échange entre elles-mêmes et avec la métropole via la Poste. Des liens ont été formés grâces aux transactions postales nourris par des correspondances de toutes matures (lettres, papiers d’affaires, imprimés, échantillons, colis postaux etc). Avec la
multiplication des bureaux de poste dans les colonies, les populations colonisées ont pu quand même profiter du trafic pour expédier leurs objets postaux.
Mise en place pour faciliter la diffusion des idées et des marchandises, l’administration des Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT) a été au chevet des « indigènes ». Favorable d’abord aux Européens en leur octroyant des facilitées telles que la franchise postale et des cartes d’expéditeur, il n’en demeure pas moins que ces pratiques postales sont devenues le quotidien des populations de l’AOF en période coloniale.
Les rapports Poste-colonies sont facilités par la participation volontaire, parfois forcée d’un personnel d’exécution constitué essentiellement d’Africains. Ce personnel appelé
« petits collaborants » ou « victimes de l’histoire » a permis d’alléger les tâches dévolues aux agents de la Poste. En s’appropriant ce moyen de communication, ce personnel attenue les tensions entre métropolitains et « colonisés ». Compte tenu du faible taux d’alphabétisation, l’école des PTT de la Guinée a été créée pour former des cadres africains aux métiers de la Poste. Au fil des années, le service postal s’est « africanisé » avec l’entrée de ces indigènes au sein du personnel des PTT.
Moyen de diffusion des correspondances, la Poste se présente aux yeux des « colonisés » comme un « outil/instrument » de domination et d’exploitation économique. Loin d’être au service du développement économique et du progrès social, le trafic postal génère d’énormes recettes grâce à l’instauration des taxes ou tarifs à s’acquitter pour l’expédition des objets postaux.