Ce mémoire traite des moyens de la communication dans l’Orléanais au XVIIIe siècle.
Il s’agit de montrer comment s’organisent les services des Postes pour circuler et transmettre les lettres. Nous étudions alors deux services : celui de la Poste aux chevaux et celui de la Poste aux lettres. Ce sont deux services issus d’une origine commune. Au XVIIIe siècle, ils relèvent de deux modes d’exploitations différents : la maison du roi pour la poste aux chevaux et l’affermage pour la Poste aux lettres. Nous cherchons à interroger leur association dans le transport des lettres alors même qu’elles sont administrées différemment au sein du territoire orléanais déjà doté d’un réseau routier. Chaque Poste occupe une place dans la chaîne de transmission des lettres, chacune développe ainsi ses infrastructures différemment sur le territoire. La Poste aux lettres prend en charge les lettres dans les bureaux qui sont les points de départ et d’arrivée des correspondances. De son côté, la Poste aux chevaux est chargée de confier des chevaux aux agents de la Poste aux lettres qui s’arrêtent ainsi dans les relais pour bénéficier de montures. La Poste aux lettres assure un service rapide grâce aux chevaux de la Poste aux chevaux, et la Poste aux chevaux est viable grâce à la Poste aux lettres qui en est la première usagère. Néanmoins, cette étude va au-delà de l’analyse des voies de transmission et de la description des services. En effet, nous ne nous concentrons pas seulement sur la manière de circuler (soit l’association des deux services sur un réseau routier), nous cherchons aussi à montrer l’importance de l’installation du réseau routier postal en Orléanais, la manière dont les Postes s’installent autour de ce dernier et leur perpétuation. L’intérêt est de montrer l’imbrication des deux services qui ne sont pas toujours traités ensemble. Pourtant l’étude de l’implantation des services, atteste bien de la prééminence d’une logique administrative. Les services s’installent de la sorte pour être plus efficaces. Etudier le réseau postal, permet de rendre compte des modes d’action d’une administration sur le terrain.
Nous posons les problématiques suivantes : comment s’organisent les deux Postes, alliées dans le transport des lettres mais distinctes dans leur administration, pour assurer la communication postale tout en ayant à cœur les besoins du public ? Quelle place tiennent les agents dans leur service et dans la société ?
La réflexion s’articule autour de trois points ; une première partie pose les limites géographiques du sujet, elle revient sur le terrain d’action des postes dans l’Orléanais et vise à étudier le réseau routier, les manières de circuler et l’impact de l’implantation des postes dans ce territoire. Les cartes et itinéraires des routes de poste ont permis de voir que le réseau routier orléanais s’accroit peu au XVIIIe siècle. De fait, la politique est plutôt à la réparation qu’au développement du réseau. En effet, la région est dotée assez tôt en infrastructures grâce notamment à la proximité parisienne et a su tirer profit de la multimodalité des transports (grâce aux voies fluviales). Les voies de communication postales ont un impact sur le développement économique local ; elles permettent de créer du lien entre les espaces souffrant parfois d’isolement par la vitalisation de voies commerciales.
La circulation permet alors de rendre compte de l’association de ces deux services alors qu’ils sont tous deux gérés par des administrations distinctes. La symbiose est donc incomplète. Les choix des modes d’exploitation de chaque service le prouvent. La Poste aux lettres est affermée tandis que la Poste aux chevaux reste sous régie royale. De fait, on ne les retrouve pas dans les mêmes documents ; la Poste aux chevaux est présente dans les archives de la maison du Roi, alors que les informations sur la Poste aux lettres sont à retrouver dans l’importante série des délibérations de la Ferme générale des Postes. Toutefois, si l’association ne ressort pas au sein de ces documents, ce que nous souhaitons mettre en évidence, c’est l’action des deux administrations sur le terrain orléanais et les moyens – notamment humains et financiers – qu’elles mobilisent pour rendre leurs services effectifs. Enfin, nous nous demandons pourquoi dissocier les deux Postes. L’intérêt de l’affermage pour la monarchie est double puisque cela lui permet de disposer de revenus grâce au bail payé par les fermiers et la Ferme dispose de moyen pour perfectionner l’appareil administratif de la poste aux lettres et de développer le service auprès du public.
Enfin, dans une dernière partie, il est question du « qui » : qui sont les acteurs ? Comment font-ils fonctionner les infrastructures postales ? Il s’agit d’étudier la carrière des agents et leur place dans la société. Pour compléter les informations présentes dans les séries de documents administratifs (archives de la maison du Roi et délibérations de la Ferme générale des Postes) nous avons eu recours aux archives notariales orléanaises. Nous avons pu traiter de la hiérarchie des travailleurs qui est à mettre en lien avec leur espace d’action sur le terrain. Celle-ci permet aussi de voir une variété de métier avec chacun ses propres conditions d’accès. Dans tous les cas, ces métiers s’accompagnent d’avantages et d’exemptions considérables qui favorisent l’enrichissement des agents. Cela interroge les motivations, mais aussi le niveau de fortune de ces individus qui conservent leur fonction de génération en génération. Nous tentons de mettre au jour ces logiques dans plusieurs localités du Loiret en analysant le parcours de plusieurs familles.
In fine, ce travail souhaite montrer comment les deux services – Poste aux lettres et Poste aux chevaux – s’articulent dans leur fonctionnement sur le terrain orléanais, comment leurs administrations répondent aux besoins locaux au sein de cet espace et quels sont leurs moyens d’action. On peut ainsi définir les deux Postes comme des services publics, parce qu’elles sont à la fois utiles au public mais aussi des services publics dans le sens qu’elles sont encore des services de l’Etat.