Comité pour l'histoire de la Poste

Les maîtres de poste dans la Calvados entre 1750 et 1830. Ascension sociale et innovation agricole

Auteur

TUTOY Raphaël

Diplôme

Maîtrise

Thématique de recherche

Pagination

168 pages

Direction de recherche

Jean-Marc MORICEAU

Université

Université de Caen

Année de publication

Résumé

Le groupe formé par les maîtres de poste a constitué un groupe social à part entière dont l’analyse des pratiques dans le domaine social et dans celui des stratégies familiales confirme cet aspect. Partout où la Poste était présente, des dynasties de « coqs de village » se mettaient en place et on en a analysé les modalités. Les fonctions honorifiques et la notabilité locale en sont les marques les plus fortes, les alliances avec les milieux d’affaires, le monde de la finance ou le corps judiciaire sont précieuses et la fréquentation de milieux sociaux plus élevés en sont un vecteur essentiel.


La maîtrise des postes a-t-elle joué un rôle important dans toutes ces perspectives de promotion sociale ? Assurément oui. Car c’est autour des axes de communication que s’est développée la propagation des idées nouvelles et du progrès, autre caractéristique indéniable du groupe.
Pour Gabriel Désert, « la passé postal fait partie de notre patrimoine culturel et économique ». Cela est incontestable. En témoigne l’imaginaire autour de la Poste aux chevaux qui est resté gravé dans les esprits.
« Principaux agents d’impulsion que l’agriculture a reçu en France », les maîtres de poste ont fait preuve d’esprit d’entreprise et d’innovation. Difficilement, ils ont été suivis dans leurs expériences agricoles par le reste des cultivateurs. Toutefois, l’agriculture n’est pas le seul domaine dans lequel ils ont entraîné leurs voisins. Les maîtres de poste du Calvados se sont d’ailleurs illustrés dans d’autres branches d’activités comme exemple la fabrication du beurre à Isigny ou encore dans le domaine des activités liées à l’utilisation du cheval. Et on pense que c’est par le métier de maître de poste qui demandait chez ceux-ci des qualités incontestables de dynamisme et d’intelligence que ces progrès ont pu se propager le long des voies de communication autour des routes de poste.
En outre, cela s’est fait également par la fréquentation de sociétés d’agriculture, limitée au XVIIIe siècle puis de moins en moins au XIXe siècle- fréquentation liée à l’accès à des milieux sociaux plus élevés, plus éclairés. Cependant, bien qu’ils aient été avant tout des agriculteurs placés presque tous à la tête du mouvement agricole de leurs localités et que leurs exploitations constituaient des « fermes-modèles », ils n’en furent pas pour autant des « agriculteurs de cabinet » se contentant simplement d’être des hommes pratiques


Personnages importants sur le plan local, ils ne l’étaient pas moins aux yeux de l’administration des Postes. De temps à autres agents du pouvoir, les maîtres de poste ont été protégés au moins pendant l’Ancien Régime avant de connaître par la suite des moments difficiles.


1789 a apporté la suppression des privilèges si lucratifs et si précieux pour nos maîtres de poste. Dès lors, comment ceux-ci ont-ils pu continuer à prospérer au XIXe siècle avec des indemnités qui, avec le recul, se sont révélées insuffisantes et dérisoires (30 livres par an et par cheval de poste) ? Il semble que l’on puisse trouver des éléments de réponse dans le domaine de l’agriculture. Car c’est là que les maîtres de poste sont allés chercher une compensation aux déficits annuels crées par la nuit du 4 août. Et on pense, peut-être à tort que les progrès réalisés dans le domaine agricole notamment, imputés à juste titre, aux maîtres de poste, beaucoup plus perceptibles au XIXe siècle, étaient redevables, entre autres, à cette orientation. Pour simplifier, si tous ces progrès sont plus perceptibles au XIXe siècle, c’est parce que les dispositions de la nuit du 4 août au sujet des privilèges les ont poussé à se lancer dans ce domaine pour rentabiliser au mieux leurs exploitations, suivant en cela, l’évolution générale du progrès. Sans établir une distinction fondamentale entre le XVIIIe et le XIXe siècle, nous devons bien reconnaître que 1789 est une coupure indéniable, tout au moins dans ce domaine. Pour autant, on continue d’observer le mouvement d’ascension sociale amorcé et parfois même déjà bien avancé au XVIIIe siècle, après 1789 qui n’a eu, d’après nous, pour conséquence principale que de renforcer un groupe socio-économique dans ses intérêts.


L’autre évènement bien plus marquant se rapporte à l’arrivée des chemins de fer vers les 1840. Cela a bouleversé considérablement la savante organisation de la Poste aux chevaux en même temps que la marche ascendante des maîtres de poste vers la réussite sociale. Ces chemins de fer font leur apparition, et c’est la ruine à brève échéance d’une institution qui va reculer devant son redoutable concurrent. Car les maîtres de poste tiraient encore la majeure partie de leurs ressources financières du transport des voyageurs. Désormais, seule la Poste fait vivre ceux qui sont encore présents sur les routes de poste principales, sur lesquelles les voies ferrées se sont greffées. Progressivement, les relais ferment un à un et ne sont conservés que ceux qui se situent sur les lignes adjacentes ou transversales, encore lucrative pour un moment. A cette date, il faut bien convenir qu’il y a dans l’édifice de la Poste aux chevaux, sur les grandes routes, quelque chose de sclérosé qui ne demande qu’à mourir. Et c’est dans les années 1840 et 1850 que certains hommes essayent, en vain, de défendre les intérêts des maîtres de poste, désormais sur la pente descendante.

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