Comité pour l'histoire de la Poste

Les facteurs dans le Nord de la France dans l’entre-deux guerres

Auteur

DA FONSECA Carlos

Diplôme

Maîtrise

Thématique de recherche

Pagination

113 pages

Direction de recherche

Jean-Pierre HIRSCH

Université

Université Charles de Gaulle Lille 3

Année de publication

Résumé

Rares sont les études historiques sur les facteurs, elle le sont d’autant moins pour celles qui concernent la première moitié du XXe siècle. Le long d’un triptyque à l’enchaînement judicieux (recrutement – métier – sociologie des facteurs), l’auteur brosse un portrait réaliste de ces sous-agents dans un grand département industriel de la France.


L’étude du recrutement des facteurs en montre les particularités du métier. Avant tout, elle met en lumière une voie originale du recrutement d’un fonctionnaire sous la Troisième République. La pratique de la recommandation y était encore très vive et efficace, alors même que les Républicains en avaient dénoncé les avatars impériaux. Cependant, cette pratique semble s’estomper dans les années 30. Ce sont notamment les conditions originales du recrutement des facteurs (et d’autres agents) qui mettent fin à cet usage. L’emploi de facteur est devenu à la fin du XIXe siècle un emploi presque quasi réservé aux anciens militaires, puis après la Première Guerre mondiale, aux anciens combattants ou à leur famille. Dans ces conditions, le métier est fortement masculinisé, même si de nombreuses femmes ont occupé ponctuellement la charge durant et après les combats. Le recrutement des facteurs est dès lors devenu national et non plus local, moins soumis aux influences politiques et au jeu du clientélisme.


L’étude a également mis en exergue les flux des entrées dans le métier, épousant les variations de la conjoncture économique. De façon générale, le nombre de facteurs a augmenté au cours de l’entre-deux guerre, et ce jusqu’en 1931. Ce sont plus de mille facteurs titulaires à cette époque qui distribuent chaque jour les correspondances dans les communes du puissant département du Nord et qui laissent ainsi à voir les usages du métier.


Plusieurs réformes le marque au cours de la période. Réformes dans la manière d’exercer le métier, avec l’introduction de techniques modernes pour une nouvelle approche de la distribution postale. Réformes des statuts également ; même si elles restent diversifiées, les catégories de facteurs s’uniformisent peu à peu par rapport à la situation d’avant 1914, préparant les réformes de la Quatrième République. Transformation idéologique encore avec la reconnaissance par les autorités postales de la revendication syndicale longtemps déniée aux facteurs, comme à l’ensemble de leurs collègues postiers.
Au quotidien, les facteurs rencontrent des difficultés dans l’exercice de leur tâche. Elles ont toutes la même origine : les restrictions budgétaires nées de la crise économique. Elles empêchent une régularisation fluide des effectifs de facteurs pour assurer un service public de distribution postale de qualité et la continuité de celui-ci n’est plus une réalité. Elles détruisent les avancées obtenues dans les années 1920 à travers la croissance des effectifs et l’ajustement des salaires.


Quant à la carrière proprement dite des facteurs, les possibilités de promotion sociale restent marginales et la seule mobilité qui s’offre aux facteurs est géographique, à défaut d’être verticale ou horizontale au sein du corps des postiers. Le facteur l’utilise bien souvent pour se rapprocher de ses racines familiales originelles.

D’ailleurs, l’étude sociologique de ces facteurs du Nord montre que cet emploi n’est pas uniquement perçu comme un moyen de promotion sociale au sein des classes populaires. Parmi les candidats à l’emploi de facteur, il est apparu une proportion croissante et significative de personnes issues de catégories sociales plus élevées, en particulier des artisans et commerçants. Ces candidats, jetés sur le marché du travail par la crise économique, ont été convaincus par la crise qu’un statut de fonctionnaire valait mieux qu’un statut social d’indépendant gratifiant. Est-ce cette sécurité qui explique que les facteurs aient adopté un comportement familial différent du comportement national en matière de natalité ?
Mais le métier de facteur comporte certains risques, notamment sanitaires. Si la tuberculose est encore un fléau social dans la France des années 1920 et 1930, les facteurs sont aussi exposés que les guichetiers dans les bureaux postaux poussiéreux.

Vous souhaitez lire
cette publication de recherche ?

Mots-clés ​