L’administration des Postes s’insère au premier plan dans l’histoire de la Commune de Paris. En effet, la Poste constitue un des nombreux des théâtres de l’affrontement civil qui oppose le gouvernement régulier aux hommes de la Commune. Cette crise civile débute le 18 mars avec le célèbre épisode du désarmement de la Garde nationale qui tourne à l’avantage des insurgés. Le gouvernement ne peut alors lutter militairement contre insurrection parisienne. Repoussé et chassé de Paris, la fuite du premier représentant de l’Etat a souvent été comparée par les historiens à une débandade entreprise dans la plus grande panique ; P.O. Lissagaray notamment s’en est fait le sarcastique écho. Cependant, il semble désormais que cette fuite n’était pas si irréfléchie.
En effet, j’ai montré que le sacrifice du service postal résultait d’une volonté politique préméditée. Adolphe Thiers, par le biais de son représentant M. Rampont-Léchin, désorganisa l’ensemble du service postal à l’intérieur de Paris. Le contrôle des Postes par le gouvernement régulier permit la mise en place d’un blocus total à l’encontre de Paris. Le démantèlement des structures postales ne fut cependant pas si simple. Rampont-Léchin, comme nous l’avons vu, fit d’abord enlever une grande partie du matériel entre le 20 et le 30 mars. Les perquisitions entreprises durant la Commune dans les bureaux de poste et les domiciles qui y sont affectés ont montré l’ampleur de ces rapts matériels. Les caisses étaient vides en numéraires, les timbres avaient été cachés ou emportés, les voitures détournées. Ce détournement de matériel permettait de supprimer la matière essentielle à chaque opération postale. Puis, Rampont rallia une grande partie du personnel à l’administration de Versailles. En effet, il fit apposer dans la nuit du 29 au 30 mars une affiche anonyme qui ordonnait à tous les employés des Postes de rejoindre « dans les plus brefs délais » l’administration régulière ; les perquisitions encore une fois montrent l’ampleur de la désorganisation des services. Certains bureaux sont dans l’obligation de fermer et d’autres incapables d’assurer un service minimum.
Cette désorganisation systématique de l’administration des Postes démontre son importance dans le dispositif tactique du gouvernement régulier. En premier lieu, cela permit d’isoler Paris politiquement et diplomatiquement de la province. En effet, la Commune sans la Poste, n’a plus de moyens concrets de communiquer et ainsi de rallier à elle d’autres mouvements insurrectionnels. Thiers évite ici une lutte militaire sur plusieurs fronts. De plus, la paralysie de la Poste empêche la Commune d’effectuer des opérations financières avec l’extérieur. Paris et sa Commune se trouvent par voie de conséquences totalement isolées. L’administration des Postes est intégrée fortement dans tous les domaines et tous les niveaux de la société. Sa paralysie provoque par voie de fait la paralysie de l’ensemble de la société. La Poste s’apparente dans le cadre de l’histoire de la Commune de Paris à un appui logistique de première importance pour le pouvoir. Ainsi, une relation étroite unit-elle la Poste à l’Etat et au pouvoir.
La Commune au lendemain de la journée du 30 mars entreprit de restaurer le service postal. A. Theisz reçut à cet instant sa nomination de directeur général des Postes. Sa tâche fut considérable car il dut pallier au manque important de personnel et de matériel. Les sources, comme le Journal Officiel ou les archives de l’armée de Terre, dégagent un grand nombre de mesures engagées par la Commune pour tenter de rallier le service des Postes. En effet, A. Theisz dut procéder à un important appel à l’embauche et à des remaniements au niveau du personnel restant pour combler les carences de certaines parties du service. Cependant, si le service postal fut amélioré, il ne permettait toujours pas de répondre à toutes les attentes de la population. Certains services ne fonctionnaient pas et ne pouvaient pas être améliorés. L’opération des mandats, notamment si chère aux acteurs économiques de la capitale, ne pouvait pas s’effectuer. Ainsi, ni les commerçants, ni les industriels ne pouvaient réaliser les transferts d’argent et de valeurs vers les départements et l’étranger.
La réorganisation du service postal apparaissait donc largement insatisfaisante sur de nombreux points. Si des directives et des ordres furent engagés dans le but de rétablir un service minimum, ceux-ci provoquèrent de nouvelles difficultés dans le fonctionnement même de la Poste. En effet, le personnel auxiliaire, par exemple, embauché pour remplacer les cadres de l’administration, ne peut satisfaire les exigences du service. Leur méconnaissance des mécanismes postaux et leur manque de formation ont concouru à ralentir les opérations postales les plus élémentaires. Ils permirent malgré ce manque de méthode la reprise du service dans des bureaux complètement délaissés par le personnel en fuite pour Versailles. Ils ne pouvaient cependant pas développer les capacités d’organisation d’un receveur chevronné.
La Commune doit alors laisser libre cours aux initiatives individuelles des acteurs qui devaient absolument communiquer avec la province et l’étranger. L’arrêté du 6 avril notamment, autorisait la création d’entreprises particulières. Celles-ci, moyennant finance, pouvaient envoyer ou recevoir des correspondances. L’administration des Postes céda une grande part de son monopole au profit de ces nouvelles agences. Pour la première fois dans l’histoire des Postes, ce service public fut mis en concurrence sur le marché des communications. L’administration des Postes recouvra cependant son monopole suite à la victoire versaillaise à la fin de mai 1871. L’événementiel postal de la Commune de Paris est riche de leçons sur les mécanismes unissant le pouvoir et la Poste. Son intégration dans tous les domaines de la société fait de la Poste un organe intermédiaire entre le pouvoir et cette même société. Thiers et Rampont-Léchin comprirent à la perfection que la Poste constituait un appui logistique de première importance pour la victoire versaillaise.