En quittant sa Pologne natale en 1914 Joseph Bukiet a le dessein de suivre l’enseignement des écoles d’architecture parisiennes. Premièrement diplômé de l’école spéciale d’architecture en 1918, il réussit par la suite et avec l’appui de son ancien formateur Charles Risler le concours d’admission de l’école nationale des Beaux-arts (atelier Léon Jaussely) où il se révèle être un élève doué et récompensé à plusieurs reprises de prix et de médailles. Une fois diplômé (1922), ce parcours brillant lui permet d’être directement engagé comme chef de l’agence de son ancien professeur Léon Jaussely (1923), son destin se dirige alors vers l’architecture postale. En effet, ce dernier affaibli par la maladie confie à Joseph Bukiet – devenu associé de l’agence en 1930 – la direction des travaux que l’administration des PTT lui avait initialement confiée. Le jeune architecte se forme alors à une architecture complexe qui exige à la fois une connaissance approfondie des impératifs fonctionnels dont nécessite par nature chaque bâtiment postal, tout en respectant une symbolique identitaire choisie par l’administration des PTT. Grâce à l’expérience acquise au cours de ces années préparatoires (1930-1932) et au succès des projets qu’il mène à bien l’architecte s’assure d’un bon jugement et de bonnes relations auprès de l’administration des PTT. Pour ces raisons et grâce au soutien de plusieurs personnalités influentes il a l’honneur d’être nommé architecte des PTT au cadre de Paris en 1933, fonction alors réservée à un cercle restreint d’architectes déjà expérimentés. Suite à sa nomination, il se charge des missions confiées par l’administration des PTT pendant près de trois décennies (1933-1966), ce qui représente une période relativement longue et, qui plus est, constitue un moment clé de l’histoire de l’architecture postale. En effet, dans la lignée de ses prédécesseurs Joseph Bukiet élabore un langage architectural qui s’inscrit dans les recherches de l’ensemble du corps des architectes des PTT pour le renouvellement de l’architecture postale. Joseph Bukiet se place ainsi dans la veine rationaliste de ses aînés. En effet, il élabore une architecture régie par des techniques de construction modernes (béton armé, voûte en béton translucide). Toutefois, en tant qu’architecte-technicien de premier plan il élabore aussi ses propres réponses en termes de d’aménagement, de distribution et d’éclairage.
D’un point de vue esthétique Joseph Bukiet se tourne pendant l’entre-deux-guerres, à l’image de Michel Roux-Spitz, vers un classicisme moderne appliqué aux bâtiments particulièrement importants où l’harmonie des proportions et la régularité des façades sont particulièrement réussies. Cependant, ce dernier reste dans une voie régionaliste pour les bâtiments des petites communes ou des villes ancrées dans une forte identité locale. D’un autre côté, Joseph Bukiet contribue également à renouveler l’architecture postale par des propositions formelles qui restent de vigueur après la Seconde Guerre mondiale. De plus, l’architecte met en oeuvre une expression créative plus libre pour les équipements postaux à vocations industrielles. Dans l’oeuvre de Joseph Bukiet ces derniers traduisent avec force la modernité architecturale dans laquelle l’architecte se place. Par ailleurs, l’architecte pense le bâtiment dans sa globalité ainsi, l’élégante sobriété qui anime la façade de ses bâtiments se répète dans l’aménagement interne. En somme, Joseph Bukiet se révèle être un architecte dont la production bâtie illustre des expériences formelles intéressantes tout en exprimant la grandeur de l’administration des PTT.