Leurs voix avaient été étouffées. Etouffées par une organisation sociale qui énonce si souvent, trop souvent, que les femmes ne travaillent pas… ou si peu, que les vies actives hors du foyer sont réservées aux hommes. Ou qui dit encore que les femmes ne travaillent que quand manquent les maris pourvoyeurs désignés des fond du ménage. Observez la sémantique de l’administration des PTT, justement : « demoiselles des Postes », « demoiselles des Téléphones », comme si ces femmes n´étaient, ne pouvaient être que des célibataires. Au XIXe siècle, d’ailleurs, elles le furent souvent célibataires, le règlement leur interdisant de convoler avec d’autres membres de la fonction publique, civile, judiciaire ou de police, ou encore avec des élus municipaux, des commerçants, des officiers ministériels, des employés de cabinets d’affaires. Et ce lexique a bien été repris, redoublé par les amuseurs : « Mademoiselle, donnez-moi le 22 à Asnières… », énonce Fernand Raynaud, et les poètes : « Mademoiselle, c’est pour un télégramme » chante Yves Montand. A chaque fois, d’ailleurs, ladite demoiselle se trouve ridiculisée, presque ravalée au rang des simples d’esprit et des analphabètes. Sylvie Schweitzer, Professeure d´histoire à l’université de Lyon II