Beaucoup des lecteurs de ce numéro 15 des Cahiers pour l’histoire de La Poste auront certainement en tête, ne serait-ce même que de façon lointaine, la grande aventure de l’Aéropostale. Une compagnie dont l’histoire a été étudiée dans de nombreuses publications relatant l’ouverture des liaisons aériennes internationales pour le transport du courrier vers l’Amérique du sud, dès les années 1920, puis l’Afrique du Nord ; les aventures et exploits de ses pilotes les plus célèbres maintes et maintes fois biographiés comme Antoine de Saint-Exupéry, Jean Mermoz ou Henri Guillaumet. Une compagnie dont l’activité porteuse de rêves et de projections extra-hexagonales a fondamentalement contribué à dessiner un visage à la fois glorieux et épique de l’institution postale… alors qu’elle n’en fut techniquement pas constitutive ! Les célèbres pilotes évoqués ci-dessus n’étaient pas postiers. La compagnie Aéropostale était une entreprise privée et son lien avec la Poste se limitait à la négociation avec l’administration des PTT de contrats de transport concernant le courrier international.
Oui mais voilà, dans cette publication, il n’est pas question de l’Aéropostale, et ce même si le travail réalisé par Camille Henri évoque un double aspect aérien et postal. Car c’est le premier mérite de cette contribution : une précieuse explication de texte, un éclaircissement sémantique que nous livre l’auteur parmi les appellations « aéropostale », « aviation postale » ou « poste aérienne » pour mettre au clair cette branche de transport. C’est aussi une histoire incarnée où la volonté des hommes est essentielle : celle de Didier Daurat, pionnier de l’Aéropostale et visionnaire quant au futur de l’avion : celle de Georges Mandel, ministre des PTT dédié à la modernisation de son administration via le travail d’expert de Victor Pignochet, haut administrateur des PTT et directeur de l’Exploitation Postale.
Par ailleurs, Camille Henri fait en lumière une autre structure entrepreneuriale d’un genre original, la compagnie Air Bleu, érigée dans les années 1930 dans le cadre de la mise en place d’un réseau postal aérien hexagonal. Si ce sujet est souvent méconnu, c’est pour plusieurs raisons. D’abord, les historiens de l’univers aérien, non seulement peu nombreux, n’avaient pas relevé cette précocité d’introduction de l’avion dans le transport postal dans l’idée de faire chuter les délais d’acheminement du courrier. Ensuite donc, l’Aéropostale, au-delà des frontières, avait masqué cette dimension hexagonale. Surtout, le chemin de de fer, et à un degré bien moindre la voie routière, masquaient de leur prédominance toute autre voie dès qu’il s’agissait d’évoquer le transport postal.
Camille Henri redonne à l’avion sa place ancienne et met en lumière le sens de l’adaptation technique chère à une institution postale pas avare en efforts dans ce domaine.
Sébastien RICHEZ