La France n’est ni historiquement ni culturellement un pays de sport. C’est le constat amer que fait de Gaulle au début de la décennie 1960, alors que la délégation olympique rentre des jeux de Rome en 1960 accompagnée d’un bilan peu enviable : la France se classe au 25e rang mondial des médailles obtenues. Contrarié par ce marasme, le Général prend une décision qui va radicalement changer le paysage social pour les décennies suivantes. Militaire, économique ou culturelle, la grandeur de la France serait aussi mesurée à l’aune du sport, autant par le développement de ses pratiques de masse que par ses résultats internationaux.
Un demi-siècle plus tard, ce basculement lié au seul volontarisme politique d’un homme, résonne au son d’une actualité brulante en cette seconde partie de l’été 2017. En effet, la date du 13 septembre est marquée d’une pierre blanche dans le jardin des relations complexes entre la France et le comité international olympique (CIO). Depuis Lima au Pérou, ce dernier aura rendu sa décision concernant la désignation de la ville hôte des JO de 2024, en choisissant entre Paris et Los Angeles. La « ville lumière » n’a plus accueilli la reine des compétitions de l’ère moderne depuis 1924. Pire même, durant ces trois dernières olympiades, la capitale française a été systématiquement vaincue, soit par la règle tacite de l’alternance des continents, soit par les réseaux lobbyistes et financiers anglo-saxons, voire même par les lois de la « real politik » appliquée au sport.
Classée au 7e rang du classement des médailles à Rio en 2016, elle se trouve derrière ses puissants voisins européens que sont l’Allemagne et la Grande-Bretagne, auxquels la France aime traditionnellement se comparer. Elle est même devancée par un nouveau ténor du sport, à savoir le Japon, qui a su diversifier ses pratiques pour venir faire jouer une plus grande concurrence dont il était anciennement exclu. Si la France a accompli d’énormes progrès de compétitivité depuis cinquante ans, si elle a gravi les échelons dans la hiérarchie de plusieurs disciplines olympiques, sa place de grande nation du sport n’est pas assurée sur le long terme, notamment face à de grands pays émergents. L’obtention des JO de 2024, voire ceux de l’olympiade suivante, offrirait une perspective de mobilisation compétitive non négligeable pour l’ensemble des athlètes tricolores.
Mais plus que le monde du sport lui-même, plus que Paris seule, c’est toute la France qui souhaiterait accueillir les JO. C’est surtout un environnement économique, social et politique qui est prié de se mettre en ordre de marche pour amplifier un élan qui se veut collectif. Dans cet esprit, l’ex Président de la République, François Hollande, a instamment convié les plus grandes entreprises de France à soutenir la candidature française. Au nombre de douze, ce club des partenaires formé au printemps 2016 pèse d’un poids économique et social considérable 1. Invitée à s’y joindre, La Poste y a répondu favorablement. Ainsi, elle a manifesté un engagement au long cours, selon une légitimité ancienne, auprès du mouvement sportif français tout au long du XXe siècle. Au fil des époques, cette présence a pris plusieurs formes, nourrissant un caractère utile auprès du monde sportif.
D’abord un élan d’acculturation, par la création et la diffusion des associations sportives PTT facilitant l’accès au sport, ou par le partenariat auprès des arbitres œuvrant dans les sports collectifs professionnels, afin de faire passer le message de la confiance portée par un tiers indispensable au déroulement du jeu.
Ensuite un engagement facilitateur, par l’accueil de sportifs de haut niveau parmi les postiers, où ils ont pu trouver des conditions favorables à la pratique de leur discipline.
Enfin un apport structurant, par le fait qu’elle accompagne les plus grandes compétitions populaires accueillies sur le sol national. On peut par exemple citer ; la prise en charge du courrier de la caravane du Tour de France ; la promotion événementielle du parcours de la flamme olympique pour Albertville en 1992 ; l’innovation technique représentée par le timbre-poste rond pour la coupe du monde de football en 1998.
C’est l’ensemble de ces processus peu connus que le travail de Quentin Bocquet met en lumière à partir du tournant de l’après Seconde Guerre mondiale jusqu’à effleurer le temps présent.
Les PTT et en leur sein, la Poste, trouvent ici une implication sociétale qui permet d’entrevoir des problématiques plus larges que celles traditionnelles abordant le réseau, la mobilité, les communications ou les services financiers. Ici la Poste se fait vectrice de lien social par un truchement inattendu, à savoir le sport. Cette étude, qui prend place dans un courant d’histoire qui n’a pas encore totalement gagné ses lettres de noblesse, dans le sillage des travaux successifs d’Alain Corbin, Georges Vigarello et Philippe Tétart, vient apporter un complément précieux.
Que vive donc le sport, et que vive encore longtemps cette relation protéiforme entre le sport et la Poste !
Sébastien RICHEZ