Le Tour de France fête, en 2013, sa centième édition effective. A cause des interruptions dues notamment aux grands conflits mondiaux du XXe siècle, la plus grande manifestation annuelle sportive et populaire au monde, qui a auparavant fêté le centenaire de sa création en 2003, n’a pas pu parfaitement faire coïncider les deux anniversaires. Ce seuil mythique désormais atteint donne l’opportunité à la tenue de très nombreuses manifestations de mémoire. Organisées soit par Amaury Sport Organisation (ASO), maison-mère qui contrôle le Tour de France et la communication afférente, soit par des associations de passionnés de cyclisme, d’anciens coureurs ou de férus d’histoire du sport, soit par les médias eux-mêmes comme par exemple un documentaire réalisé sous l’égide de France Télévisions, toutes vont contribuer à faire émerger le sentiment d’appartenance nationale relatif à cette course.
A côté des médias, du côté de la recherche, à notre connaissance, rien de particulier n’est prévu. Ils ne sont pourtant pas rares les travaux de sociologues, d’historiens du sport, ou d’historiens tout court qui se sont intéressés ces dernières années au phénomène de la Grande Boucle. En revanche, rares sont ceux, partant de la scène spectaculaire et populaire qu’offre le Tour, à s’intéresser à un autre sujet moins évident, plus diffus et discret, quand bien même il serait constitutif de la globalité de l’épreuve : les gendarmes, les journalistes ou le public constituent autant de catégories qui entrent en interaction avec la course cycliste pendant les trois semaines effrénées. Parmi ces catégories dont la liste n’est pas exhaustive, une compte assurément depuis un demi-siècle : les postiers. Ceux-là même qu’on appelait par ce qualificatif sur la course avant 1963, alors qu’en réalité, c’étaient uniquement les techniciens des télécommunications. Ces postiers, ceux traitant du courrier, sont réellement présents sur la course depuis 1963 à toute petite échelle -un seul homme- mais cependant largement mobilisés sur tout le territoire depuis plus longtemps pour qu’à chaque ville-étape, le courrier du Tour soit livré. La présence de la Poste, qui pendant plus d’une décennie ne fut que professionnelle, s’est ensuite complétée dans le sillage de velléités relevant de la communication et des ambitions marketing. Cette administration, traditionnellement si décriée pour son immobilisme, découvre alors les ressorts de la médiatisation commerciale.
L’étude proposée ici est un parfait exemple de cette volonté d’audace puisqu’elle révèle dans les grandes lignes, tout en célébrant ce demi-siècle de constance, les modalités de cette présence de la Poste sur cette épreuve sportive. La Poste s’occupe depuis 1963 du courrier de la caravane, et par extension, de celui des coureurs. Mais à travers ces décennies, elle fait plus qu’un travail de « gratte-papier » : elle témoigne aussi, par une ouverture sur le monde médiatico-sportif, de sa capacité à embrasser, sinon à initier, les changements sociétaux de son temps.
Sébastien RICHEZ