Il y a 170 ans, le timbre-poste instaure la péréquation tarifaire
Un événement
Le 1er janvier 1849 entre en vigueur une nouvelle forme de paiement du
port de la lettre en France. Née en février 1848, la toute jeune deuxième
République instaure, par la loi du 25 août 1848, le timbre-poste, sur lequel
la première effigie républicaine promue sera Cérès, déesse romaine des
moissons. Le port payé est alors fixé à 20 centimes pour la première
catégorie de poids.
Un contexte
Depuis une décennie, les autorités politiques et postales s’interrogent sur
l’adoption par la France du timbre-poste, alors que l’Angleterre l’a adopté
avec succès depuis 1839. La République renaissante recherche l’unification
de la nation, alors que l’administration des Postes a besoin d’assurer plus
fermement ses recettes pour financer le développement des services de
distribution du courrier. Au point de convergence de ces ambitions, le
timbre-poste apparaît comme la réforme idoine, portée par le député des
Côtes du Nord, Alexandre Glais-Bizoin, devant la Chambre.
Une révolution
Le timbre-poste implique deux transformations fondamentales. La première
est politique, territoriale et symbolique : la péréquation tarifaire, c’est-à-dire
un prix constant, pour un même poids, quelle que soit la distance
parcourue entre deux points du territoire, est instaurée. L’Hexagone ne fait
plus qu’un. La seconde transformation est administrative, financière et
postale : c’est désormais à l’expéditeur de payer le port de la lettre, et non
plus comme avant au destinataire qui pouvait la refuser, de telle sorte que
l’administration s’assure ses recettes par les ventes de la vignette, dont le
tarif varie avec le poids de l’envoi.
Aujourd’hui
Devenu un principe d’égalité constitutif de la République, la péréquation
tarifaire postale demeure au XXIe siècle pour les lettres. Attaquée par
ailleurs dans d’autres domaines (transport ferroviaire et énergie électrique,
etc.), son principe perdurera-t-il longtemps au nom de l’équité entre les
territoires, ou bien, succombera-t-il face au diktat de la rentabilité et aux
conséquences de la concurrence à tout crin ? Et le timbre-poste le
matérialisera-t-il durant les prochaines décennies ?
D’après : Nicolas Verdier, De l’égalité territoriale à la loi sociale. Un député obstiné, Alexandre Glais-Bizoin (1800-1877), Comité pour l’histoire, Paris, 214 p.
Illustration : musée de La Poste, Paris.