Des événements
A l’appel des FFI du colonel Rol-Tanguy la veille, l’insurrection parisienne débute le 19 août 1944 précédée par un mouvement de grève générale déclenchée le 16 août par les cheminots, auxquels les postiers se rallient. Près de 3 000 d’entre-eux prennent part à la révolte armée : le quartier de l’hôtel des Postes de Paris, rue du Louvre, tient notamment lieu de combats. Le 18 août, un obus allemand éclate à l’intérieur, provoquant la riposte des postiers FFI retranchés, à coup de bouteilles remplies d’essence.
Le 25 août, le bureau de poste de « Paris 44 », 103 rue de Grenelle, centre actif de la résistance postale, dépêche le groupe « Duplessis » en soutien d’un détachement de la 2e DB venu reprendre l’Assemblée nationale. Braves au combat, les postiers emportent le drapeau nazi en trophée.
Un contexte
Jusqu’au soulèvement, la continuité postale dans la capitale s’est accommodée de la présence allemande depuis la mi-juin 1940. Mis à mal par la déroute, le service reprend sur de nouvelles bases. Au cœur de l’été, le ministère, exilé à Tours puis Vendôme, retrouve ses murs de l’avenue de Ségur dont le rez-de-chaussée est intégralement occupé par les Allemands. Le retour des agents des Postes à Paris est effectif à 95 % en septembre 1940.
Des 44 bureaux de poste fermés (sur la centaine de la capitale) au moment de la débâcle, seulement 15 le restent définitivement. Malgré un réseau mal entretenu, la Poste pneumatique connaît un pic de trafic croissant de 3,9 à 11 millions de plis entre 1942 et 1944.
Sont réinstallées quotidiennement trois levées de boîtes aux lettres pour lesquelles le Véhicule Léger de Ville électrique (VLV) de Peugeot est utilisé, et, deux distributions, réalisées à pied ou avec le truchement de poussettes pour les paquets-poste et colis. Servant de ravitaillement pour les familles de la capitale en manque de tout, leur moyenne journalière double entre janvier 1941 (50 000) et novembre 1943 (100 000).
Une révolte
Dès septembre 1943, la Fédération postale clandestine naissante pose les bases d’une insurrection. Le journal PTT Parisien, publié à partir d’avril 1944, contribue à une atmosphère favorable dans les esprits de la masse des postiers.
Le mouvement national Résistance PTT, dirigé par Ernest Pruvost, fédérant tous les courants, dont le groupe Duplessis, basé autour du bureau de poste de Paris 44, a patiemment permis la mise en place des conditions de la révolte.
Durant l’Occupation, des postiers parisiens du service automobile ont négligé l’entretien, saboté ou camoufler du matériel. A l’inverse pour la Libération, le garage central, rue Bonvin, a mis toute son ardeur dès le 21 août 1944 pour réparer rapidement les camions, camionnettes, voitures et motos volontairement sabotés afin de les mettre à disposition des FFI.
La portée historique
Le rôle des postiers dans la Résistance et la Libération de Paris n’a véritablement pris sa place dans l’historiographie qu’au milieu des années 1980, longtemps resté dans l’ombre des cheminots. Plusieurs publications, actes de colloques et témoignages, ont permis de mieux éclairer la contribution déterminante de ce corps professionnel.
La nature de ses métiers, relatifs au traitement des lettres, des télégrammes et des communications téléphoniques, faisait de la Poste –des PTT en général- le creuset fertile et stratégique d’une information capitale à tenter de maitriser, aussi bien par l’occupant que par les résistants.
Le major général TB Larkin (QG des communications) exprimant en octobre 1945 sa « reconnaissance à tout le personnel, des PTT qui a contribué au succès final de nos opérations […] et a accompli une tâche qui fait grandement honneur à tous ses services », permet de mesurer le rôle majeur de l’institution, tel qu’il a été perçu alors.


D’après : M. Paul, Histoire des PTT 1939-1945, vol. 1 : journal PTT Libre : Robert Jacob, Un bureau de poste parisien dans la Résistance : Paris 44, 1986, 99 p. ; illustrations : Musée de La Poste, Paris ; BHPT, fond Maupomé.