C’est une première pour cette onzième levée des Cahiers pour l’histoire de l’histoire de La Poste qui propose au lecteur une immersion régionale dans la Poste d’antan. Certes, les Cahiers avaient déjà traité de la façon d’être facteur dans le Nord (1830-1840) ou des maîtres de poste et réseau postal en Côte d’Or (1789-1848), mais jamais sous un angle aussi analytique, comparatif, et précis que ce numéro qui décortique l’implantation des services de communication postaux et télégraphiques. En effet, l’Auvergne et ses trois départements constitutifs que sont le Cantal, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme, dessinent la toile de fond d’une étude géographique très pointue (les connaisseurs des lieux reconnaîtront sans doute l’évocation d’un village connu) sur la Poste avant la Première Guerre mondiale ; elle a une valeur exemplaire en ce qu’elle donne à voir cette France rurale d’avant 1914. Rares sont aujourd’hui les études dont les options monographiques permettent d’appréhender la mise en place d’un réseau de communication, ici postal et télégraphique, à l’échelle d’une région d’abord identifiée pour ses reliefs, l’hostilité de ses frimas hivernaux et son enclavement certain.
Cette administration n’est pas isolée dans cette étude, puisqu’elle voisine avec un autre réseau qu’est le télégraphe, les deux réunis sous la même bannière « Poste et Télégraphe », pour concourir au désenclavement d’une région particulièrement identifiée pour son isolement. Les ambitieux déploreraient que le téléphone ne fasse pas partie du trio essentiel de l’essor des communications non terrestres en France au XIXe siècle. Cependant un autre réseau, dernier élément du quatuor concourant à l’expansion des campagnes, à savoir le chemin de fer, n’est pas absent dans cette étude, au moins dans sa dimension de guide et de support aux fils !
C’est le processus d’implantation des réseaux dans sa globalité, depuis l’étude d’implantation jusqu’à l’inauguration du site, en passant par l’ensemble des démarches administratives et des jeux politiques, que l’auteur, Nicolas Laparra, nous invite à découvrir. D’ailleurs, et malgré l’ancienneté de la période étudiée, les acteurs et les processus résonnent furieusement d’un bruit très actuel. Les parties prenantes dans les débats sur la présence publique sont presque qu’encore tous à l’œuvre aujourd’hui : l’administration des PTT, l’Etat, la commune et le conseil général tissaient jadis des liens d’entente, des partenariats innovants ou bien encore s’opposaient lors de vaines luttes.
Les problématiques autour de la présence de l’administration des P&T sur le terrain, l’accessibilité au plus grand nombre et le désenclavement par l’octroi des moyens de communication apparaissaient encore à la fin du XXe siècle en filigrane des débats portant sur la désertification rurale. C’est encore là toute la portée historique du travail de Nicolas Laparra, entre « archaïsme et modernité » (Alain Corbin) des politiques publiques.
Sébastien RICHEZ