L’histoire de la Poste en marche…
Depuis 1995, année de création du comité pour l’histoire de La Poste (CHP) par le Président André Darrigrand, plusieurs dizaines d’étudiants-chercheurs ses sont penchés sur l’histoire de la poste sur une période qui s’étale de l’Ancien Régime à nos jours. Au total, 52 travaux ont été entrepris sur l’histoire de la Poste : 31 maîtrises, 16 DEA et 5 thèses. Ces travaux peuvent être classé dans trois grands champs de recherche historique.
D’abord et en majorité, les monographies d’histoire régionale ou départementale comme l’histoire de la Poste en Normandie (Sébastien Richez), dans le département du Nord (Mathilde Marguerit) ou en Gironde (Jean Lestrille). Ces études sont riches d’enseignements pour comprendre la constitution et l’extension du réseau postal aux XIXe et XXe siècles, mais aussi le rôle de l’administration postale dans l’aménagement du territoire. Elles permettent de comparer, d’une région à l’autre, la structure du réseau postal et de mesurer l’influence des notables et l’implication des populations dans le processus de décision entourant la création d’un bureau de poste. Ces études permettent également de s’intéresser aux flux postaux ou aux trajectoires sociales et professionnelles des postiers dans un territoire donné. En fait, ces travaux montrent comment une administration centralisée comme les PTT s’adapte aux particularités et réalités d’une région.
Ensuite, nous trouvons des travaux se rapportant à l’histoire sociale de la poste, comme l’histoire des maîtres de poste (Raphaöl Tutoy), les ambulants (Rania Glissa), les facteurs (Marie Cartier), les receveurs (Odile Join-Lambert) ou encore les employés des centres de tri (Bruno Mahouche) et du centre des chèques postaux de Paris-Favorites (Alex Antiste). Des premiers travaux ont également permis de revenir sur la naissance et les spécificités du syndicalisme postal (Fédéric Pacoud), sur les grèves qui ont affecté les PTT comme en 1974 (Daniel Bibaut) ou la représentation de la grève dans la sphère médiatique et les interpénétrations avec le champ politique (Vincent Bouget)
Enfin, un troisième courant de recherche rassemble à la fois des travaux qui sont à rapprocher de l’histoire politique comme l’étude sur le secret postal et la censure pendant la période napoléonienne (Christelle Huvelle) ou le rôle de la Poste durant la Commune de Paris (Erwann Lécuyer), mais également de l’histoire économique et financière par des études sur les chèques postaux (Nicolas Descotes) ou de l’histoire des techniques comme la mécanisation et l’informatisation d’un centre de chèques postaux (Nathalie Salanon). Quelques études portent aussi sur l’élaboration et la mise en place du contrôle de gestion à la Poste (Laurence Morgana) ou encore l’histoire de la publicité institutionnelle dans les années 1970-1980 (Nicolas Roy).
Au bout du compte, on constate une grande diversité dans les sujets, les approches et problématiques retenus pour écrire l’histoire de la Poste. C’est à la fois une richesse et, disons-le, un inconvénient. La diversité produit incontestablement une richesse d’enseignements sur l’histoire de la poste. Elle exprime à la fois la place croissante des activités de service public de la Poste au sein de la société, des divers métiers qui y sont exercés, de son rôle social comme employeur et économique comme entreprise qui génère du commerce. Cette diversité est aussi la résultante de l’éparpillement des sources et de leur hétérogénéité.
Mais ces différents travaux mis bout à but permettent-ils de satisfaire nos interrogation et finalement d’arriver à une « histoire globale » de la Poste. Le danger est peut-être de multiplier les travaux de recherches dont la synthèse restera difficile à établir par la suite. La commission scientifique doit-elle alors orienter les chercheurs-boursiers vers des sujets mieux définis afin d’achever des cycles de recherches ? L’organisation de colloques ou de journées d’études permettra-t-elle de faire émerger les synthèses nécessaires à la connaissance de l’histoire de la Poste ? Questions sur lesquelles la communauté scientifique et le CHP doivent réfléchir
Benoit OGER
Chargé de recherche au CHP