La constitution en février 1995 du Comité pour l’histoire de La poste, puis en octobre 1997, la création d’un Service national des Archives de La Poste, ont traduit l’intérêt grandissant de La Poste pour son passé. Il s’agit là d’une démarche à la fois nécessaire et exemplaire. A l’heure de l’Europe, il convient qu’une institution française de cette importance affirme son image pour s’adapter aux nécessaires évolutions. En même temps, il lui faut répondre à une demande du public : la Poste s’identifie avec le service public, mais sa reconnaissance en tant que tel ne tient que par rapport aux satisfactions qu’en retire l’usager.
La Poste bénéficie depuis très longtemps d’une image positive dans l’opinion, à laquelle contribue beaucoup le contact quotidien avec le facteur. Cette image ne peut se perpétuer qu’au prix de la préservation d’une culture – d’organisation, d’entreprise-forte. C’est ce qu’avait bien compris le président André Darrigrand, c’est aussi ce que veut l’actuel président, Claude Bourmaud.
Les dirigeants de la Poste ont d’emblée compris que faire vivre une identité, une culture, suppose de préserver le patrimoine de leur entreprise. Ce patrimoine, ce sont les archives au sens strict – c’est-à-dire les sources manuscrites et imprimées. De ce point de vue, le choix fait de recruter un archiviste professionnel de haut niveau garantit la définition d’une politique rationnelle d’élimination sélective des documents : l’économie faite sur les coûts de conservation se combine ainsi avec la valorisation du passé.
Mais le patrimoine, c’est aussi la mémoire des hommes. Il est donc urgent que puisse s’engager le programme de constitution d’archives orales prévu par le Comité pour l’histoire de La Poste. Il faut fixer la mémoire vivante qui disparaît. Enfin, cette préoccupation du patrimoine devrait s’étendre – et c’est peut-être là une piste nouvelle pour le Comité- au patrimoine immobilier et au capital en matériels : dans la droite ligne de ce que pourrait être une archéologie administrative, il convient de procéder, si cela n’a pas été fait, à une campagne de photographie systématique des installations postales diverses, des véhicules et appareils utilisés à diverses époques afin d’établir des typologies techniques et architecturales.
Le besoin de mémoire rejoint les préoccupations des historiens. Aujourd’hui, ces derniers cherchent de plus en plus à répondre à la demande d’histoire appliquée des institutions et des entreprises afin de réaliser de nouvelles avancées de la connaissance historique fondamentale.
Dans cette double perspective, mais sans rien sacrifier des exigences scientifiques, le Comité pour l’histoire de La Poste a défini tout un ensemble de thèmes de recherche portant les uns sur la période d’ancien Régime, les autres sur les XIXe et XXe siècles : la Poste, ses métiers et ses dirigeants ; les institutions postales et leurs organisations ; transports, communications et réseaux ; la poste et le pouvoir ; Poste et société ; les relations de la poste et de l’étranger ; biographie et prosopographie des élites 1804-1945.
Tous ces thèmes présentent un grand intérêt et doivent faire l’objet des travaux de recherche que soutient le comité : mémoire de maîtrise et de DEA, thèses. C’est effectivement par à que commence et que vit la recherche. Afin de les favoriser, le comité a publié un premier guide de recherche (XIXe-XXe siècles), mis en chantier un second pour l’Ancien Régime, tout en associant étroitement les postiers eux-mêmes à leur histoire par le biais de concours autobiographiques. De cette dernière démarche est sortie Mémoires d’Algérie, une génération de postiers raconte, sous la direction de Muriel Le Roux (Textuel, CHP, 1998), et Mémoire postale, une vie de receveur (CHP, 1999). Ces initiatives se combinent parfaitement avec le soutien aux travaux universitaires. Il en va de même de la journée « histoire de la Poste, bilan et nouvelles avancées » de février 1998 et du colloque « histoire des grands réseaux techniques : bilan et nouvelles approches » de juin dernier.
Sans doute serait-il souhaitable qu’à terme soit envisagée la création d’un bulletin sur le modèle de celui adopté pour l’Association d’histoire de l’Électricité de France, qui a tant contribué aux avancées historiographiques dans ce domaine. Il constituerait, surtout s’il s’efforçait à présenter des numéros thématiques, un moyen efficace de diffusion des acquis de la recherche.
On peut émettre quelques vœux pour l’avenir du CHP. Le premier serait que l’on puisse intéresser nos collègues médiévistes aux débuts de la Poste. Un second serait que l’on développe encore les travaux sur le monde colonial, sans omettre les conséquences sur la période post-coloniale en Afrique noire notamment. Le troisième serait que se prépare le lancement, à moyen terme, d’un programme de recherche européen à dimension d’histoire comparée.
Le quatrième et dernier serait que l’on prolonge la politique de publication d’instruments de travail dans une double direction : construction d’un recueil chronologique des principales lois et règlements (que l’on pourrait compléter le cas échéant par les principales décisions jurisprudentielles) ; constitution d’un annuaire statistique réunissant , sous forme de base de données, les informations indispensables à la connaissance de l’évolution des budgets des Postes, de ses effectifs et de ses investissements, du nombre de bureaux ainsi que l’évolution du trafic postal. Il serait dès lors possible de réaliser une authentique histoire économique de la Poste.
Ainsi qu’on le voit, il reste fort à faire en matière d’histoire postale. Mais lorsque la volonté existe, pourquoi ne pas envisager des projets ambitieux.
Dominique BARJOT
Professeur à l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
Membre de la commission scientifique du Comité pour l’histoire de La Poste